Dimanche 5 février 2006

Sham,

Nous nous sommes quittés samedi 1 février 2006 lors de notre visite de parloir fâchés.

Tu as l'impression que je me détache de toi et que je ne m'inquiète peu ce qui peut arriver.

Loin de moi cette idée. Jai tout simplement décidé de me protèger psychologiquement d'une très gande souffrance.

J'ai besoin de garder mes forces pour toi. Je t'ai dit que j'accepte ta décision (celle de mettre fin à ta vie) Cela, ne veut pas dire pour autant que je sois d'accord avec celle-ci. Je t'ai toujours dit et, cela, depuis le début du drame, que je ne veux pas que tu meurs mais je ne peux pas t'empêcher de le faire puisque je suis dehors et toi derrière ces barreaux.

Tu as l'impression que nous ne comprenons pas ta souffrance, ton ras-bol d'être incarcéré.

Nous comprenons mais nous ne pouvons pas accepter que tu maltraites ton corps comme tu le fais. Pour toi, à ce jour, le seul moyen d'exorciser cette souffrance, ces angoisses, ces peurs, ces silences, le bruit des clès dans les verrous, les cris, les pleurs des autres détenus est en lacérant ton corps et en avalant des cachets dans l'espoir qu'il n'y est plus de lendemain.

Ne crois pas que notre vie soit sereine et heureuse. Elle est remplie de souffrances, de solitude et d'isolement. Ton absence en fait partie. Nous t'aimons et t'aimerons au-delà de la mort.

Je regrette de n'avoir pu te protèger, de n'avoir pu éviter le drame. De n'avoir rien vue venir.

Je t'envoie de milliers de baisers.

Je t'aime maman.